07 janvier 2016

Bébés génétiquement modifiés : on y est !


D’abord le premier maïs OGM, ensuite le saumon génétiquement modifié, et maintenant préparez vous aux bébés génétiquement modifiés.

On savait qu’on y venait. La révolution des OGM n’allait pas s’arrêter à notre table. Mais pensait-on que cela irait si vite ?

Pendant la première semaine de décembre, des délégués des trois pays les plus gros producteurs d’OGM, la Chine, le Royaume-Uni et les États-Unis, se sont réunis à Washington DC pour un congrès de spécialistes au sujet du futur de l’édition génomique. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec l’expression, l’édition génomique fait référence au pouvoir d’altérer l’ADN d’un embryon de manière à modifier la ligne germinale. La ligne germinale se définit comme suit : en biologie et génétique, la ligne germinale dans un organisme multicellulaire est l’ensemble des cellules corporelles qui sont si différenciées et sécrétées que dans le processus usuel de reproduction, elles peuvent transmettre leur matériel génétique à leur progéniture.

En d’autres mots, ce qui affecte la ligne germinale aura des répercussions sur la descendance et les générations successives.

Les possibilités inhérentes à de telles manipulations sont impressionnantes. Non seulement cette manipulation pourrait permettre de supprimer des maladies de l’embryon en développement, mais de nouveaux et meilleurs attributs pourraient être insérés. On pourrait ainsi réduire définitivement à zéro le nombre de maladies génétiques handicapantes comme les maladies de Tay-Sachs ou de Huntington, laissant place à une nouvelle génération d’humains aux compétences intellectuelles et à la musculature sur-développées.

Ce congrès a été convoqué quelque peu dans l’urgence suite à la divulgation d’informations selon lesquelles des chercheurs chinois avaient annoncé, en avril dernier, qu’ils avaient lancé le premier essai de modification d’embryons humains. Ce projet chinois a été entrepris dans le but de corriger un trouble sanguin rare et souvent mortel appelé beta thalasemia. Suite à cette initiative chinoise, c’est un groupe de chercheurs britanniques qui à leur tour ont formulé une requête, en septembre dernier, pour avoir le droit d’expérimenter la modification d’embryons humains à des fins de recherche.

Derrière l’édition génomique réside une nouvelle technologie, qui fonctionne comme la fonction copier – coller d’un logiciel de traitement de texte. La plus populaire dans ce nouvel inventaire d’outils est le Crispr-Cas9, inventé par le docteur Jennifer Doudna. Le docteur Doudna est professeur de chimie et de biologie moléculaire et cellulaire à l’Université de Californie à Berkeley, et est également chercheur à l’institut de santé Howard Hughes depuis 1997. Le Crispr-Cas9 fonctionne de la manière suivante : d’abord il localise le gène à modifier, ensuite il opère la modification souhaitée en supprimant ou corrigeant un élément du gène. Doudna a révolutionné virtuellement la médecine avec cette invention qui est relativement facile à utiliser.

On pensait que ce congrès viserait à terme à appeler à un moratoire sur cette recherche en raison des questions éthiques relatives à ce domaine. De manière surprenante, ce n’est pas ce qui s’est produit. Le déclaration officielle finale du sommet international du comité organisateur de l’édition génomique a en réalité donné le feu vert à la recherche.

Ce comité, composé de dix scientifiques et de deux chercheurs en bioéthique ont appelé les «Trois grands» de l’édition génomique à prendre leur responsabilités : «Par conséquent, nous appelons les académies qui ont participé à la tenue du sommet – l’Académie américaine des sciences et l’Académie américaine de médecine ; l’Entreprise royale, et l’Académie des sciences de Chine – à prendre l’initiative de créer un forum international pour discuter des utilisations cliniques potentielles de l’édition génomique ; aider à informer des décisions prises par les responsables politiques et autres ; formuler des recommandations et des lignes de conduite et promouvoir la coordination entre les nations.»

Dans une recommandation non contraignante, le comité a aussi appelé à l’interdiction de l’édition génomique sur des embryons viables, affirmant que « si au cours du processus de recherche, de jeunes embryons ou des cellules de lignes germinales subissent une édition génomique, les cellules modifiées ne devraient pas être utilisées pour engendrer une grossesse.»

La conférence de trois jours, qui était suivie par des pointures scientifiques (tout comme des membres de familles ayant des enfants malades), a donné lieu à un exposé de certaines des problématiques entourant cette nouvelle science.

George Church de Harvard a soumis au cours de son discours un point de vue aux inquiétudes mitigées à propos des conséquences de l’édition génomique.

Le docteur Church, professeur de génétique à l’Université de médecine de Harvard, a écrit plusieurs articles soutenant l’édition génomique et relativisant ses répercussions. Dans un article récent paru dans la revue Nature, il écrivait que «l’édition de la ligne germinale humaine ne tient pas compte du respect de la permanence ou du consentement. Les risques d’effets indésirables après le remplacement des versions délétères de gènes par des versions plus communes sont minimes et le processus est probablement réversible. Même si la modification du gène était difficile à annuler, cela ne serait pas particulièrement dangereux en comparaison avec d’autres risques héréditaires courants.»

En 2005, Church a lancé un projet nommé «le projet de gène personnel». Dans cet effort, qui est annoncé comme «le seul accès ouvert à l’information sur les données du génome humain, de son environnement et de ses caractéristiques», des particuliers sont engagés pour avoir leur propre génome enregistré et analysé. Church est aussi impliqué dans l’édition génomique sur des porcs, dans le but de supprimer des rétrovirus pouvant représenter des problèmes dans l’utilisation d’organes de porcs pour remplacer des organes humains non fonctionnels.

Marcy Darnovsky du Centre de génétique et société est en désaccord avec l’idée que l’édition génomique causerait peu d’effets indésirables. Il a déclaré que «les arguments médicaux sont légers et les conséquences sociales éventuelles sont graves.»

Dans un deuxième article paru dans le Guardian, Darnovsky écrit que «le résultat le plus positif du sommet est sans doute la reconnaissance que seuls les scientifiques peuvent décider du développement ou non de cette technologie aux conséquences sociétales. Déjà, de plus en plus de citoyens ont conscience de ce qui est en jeu pour toute la population et réalisent que l’édition génomique de la ligne germinale humaine est une question sociale et politique, pas seulement une question scientifique.»

John Harris est en total désaccord. Harris, professeur en bioéthique à l’Université de Manchester, pense que cette technologie rend possible le renforcement des humains à grande échelle et qu’elle devrait être utilisée dès que les difficultés seront aplanies. Il a déclaré que «nous avons tous un devoir moral indiscutable : il faut continuer les recherches jusqu’à ce que nous soyons en mesure de prendre une décision rationnelle.»

Les lois au sujet de l’édition génomique sont, en de nombreux points, pour le moins floues. Le permis anglais autorise les expériences sous contrats sur des embryons âgés de 14 jours au plus, mais pas l’insémination sur des femmes. Certains scientifiques britanniques militent pour une modification de ces lois. Les lois chinoises sont considérées comme ambiguës, tout comme celles d’Afrique du Sud, du Chili et de l’Argentine.

Le gouvernement américain s’est exprimé clairement à ce sujet : il ne financera aucun projet de recherche sur l’édition génomique qui impliquerait des embryons viables. Cependant, en adoptant cette politique et en ne votant pas de lois interdisant cette pratique, les États-Unis ont volontairement (ou non) ouvert la porte aux laboratoires privés pour permettre aux personnes aisées d’avoir des bébés génétiquement modifiés.

Certains ne voudraient pas affirmer que c’était l’objectif principal et après tout, qui le ferait ? Les bébés modifiés génétiquement pour les plus riches, tandis que les autres se contentent de leur bagage génétique ? Cela commence presque à sonner comme les sociétés futuristes au sujet desquelles les romans de science fiction nous ont mis en garde.

L’académie nationale des sciences et l’académie nationale de médecine des États-Unis ont annoncé dans la presse une réunion sur la collecte de données en février prochain qui aura pour but d’étudier les questions éthiques et sociales de l’édition génomique.

Par Janet C. Phelan – Le 23 décembre – Source New Eastern Outlook

Traduit par Guillaume, relu par Literato pour le Saker francophone. 
 

Note du Saker Francophone

Ce que cet article raconte – mais ça va mieux en le disant – c’est que le virage vers la modification génétique des embryons est pris. Il faut faire le parallèle avec le transhumanisme cher à Google. Ce sont, avec d’autres sujets comme la robotique et l’intelligence artificielle, les mamelles de l’Homme nouveau sans parles des robots de combat autonomes, autre sujet d’intérêt de Google.

Cet Homme nouveau va NOUS rendre obsolètes. Ceux qui refuseront ce progrès seront éliminés aussi sûrement que les populations autochtones primitives l’ont été partout sur terre depuis le XVIe siècle.


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