21 juillet 2017

À quoi le monde ressemble-t-il hors Afrique



Ceux qui souhaitent expliquer comment notre époque n’est pas différente se réfèrent au tableau ci-dessus, sur la croissance de la population mondiale. Ça avance de gauche à droite et de haut en bas, donc ils en déduisent que tout doit bien aller dans le monde.

Cependant, si l’on soustrait simplement le continent africain de ces chiffres, la croissance de la population mondiale semble très différente. Le tableau ci-dessous montre la population mondiale (colonnes) moins celle de l’Afrique (ligne bleue). Pour une analyse plus fine, voici les variantes moyennes (ligne rouge) et basse (ligne verte) de l’ONU pour les estimations de la future population (encore une fois, à l’exclusion de l’Afrique).



Les taux élevés de fécondité et la croissance démographique en Afrique compensent presque à elles seules celles des populations de jeunes en contraction dans le reste du monde. L’image ci-dessous met en évidence les taux globaux de fécondité pour 2016… d’où provient la croissance démographique mondiale. En deux mots, l’Afrique centrale.

 
Les zones qui sont soulignées en jaune, orange, rouge et magenta (indiquant des pays qui, en moyenne, ont 3 à 6 enfants par femme) sont presque entièrement situées en Afrique.

Pourquoi sans l’Afrique ? Dit simplement, l’Afrique est économiquement une non-entité. Dit de manière plus crue, si les gens sont des unités de consommation, du point de vue de la croissance, peu importe si vous avez 7 millions ou 7 milliards de personnes sur terre. En termes de croissance, tout ce qui compte, c’est le changement d’année en année du nombre de personnes (nouveaux consommateurs) multiplié par leur capacité à consommer ou PIB par habitant (synonyme de parité de pouvoir d’achat ou PPP).

Sans surprise, l’Afrique est incroyablement pauvre et la plupart des produits de base et des exportations mondiales coûtent la même chose dans le monde entier… Alors les pays ayant des PPP élevés (et en particulier ceux qui ont un accès relativement facile au crédit) peuvent consommer beaucoup plus que ceux qui ont des PPP faibles. La majeure partie des nations en rouge (image ci-dessous) ont des PPP inférieurs à 2000 dollars par an… (jusqu’à 400 dollars par an). Les nations avec un PPP de $2 000 par an sont généralement alignées avec le PIB par habitant d’Haïti ou sur un tiers de celui de Cuba… Ou environ 4% du PIB par habitant des États-Unis. Malheureusement, le manque de croissance dans le reste du monde, conjugué à la surcapacité induite par tous les ZIRP / NIRP, signifie qu’il n’y a pas de chemin vers la prospérité pour l’Afrique.

  
Parité de pouvoir d’achat (PPP). Les pays avec une faible parité de pouvoir d’achat sont marqués en rouge, modéré est en vert, des valeurs élevées en bleu et très élevé en magenta.

Bien que l’Afrique représente environ 15% de la population mondiale, l’Afrique ne consomme que 3,9% du pétrole mondial, en hausse par rapport au 2,3% de 1980. En comparaison :
En 1980, la Chine consommait 2,8% du pétrole mondial. La Chine consomme maintenant 11,5% du pétrole mondial.
Les 35 pays de l’OCDE représentent environ 18% de la population mondiale, mais consomment 50% du pétrole mondial.
La Corée du Sud et Taiwan ensemble, avec un total de 75 millions d’habitants, consomment environ 3,6% du pétrole mondial, presque autant que l’Afrique.



Alors à quoi ressemble la population mondiale sans celle de l’Afrique ? Ci-dessous, la population mondiale hors Afrique avec une séparation des moins de 45 ans et des 45 ans et plus.



Les moins de 45 ans représentent la population capable d’avoir des enfants et de former des ménages. La population mondiale des moins de 45 ans a passé son point haut maintenant, et se trouve sur une ligne plate pour une décennie, puis commencera ce qui semble être une très longue baisse. C’est très important. Avec les taux d’intérêt déjà à zéro, la dette et les surcapacités rampantes et aucune croissance démographique nulle part où cela compte (économiquement parlant)… cela signifie que le jeu actuel fondé sur la croissance est terminé. La seule question est de savoir quel sera le nouveau jeu. De toute évidence, les problèmes auxquels nous sommes confrontés signifient que les marchés libres ne seront pas autorisés, ni une démocratie semblant capable de voter pour des solutions à long terme qui impliquent une douleur significative à court terme. En vérité, ni les marchés ni une démocratie fonctionnelle ne semblent plus exister.



Et la croissance de la population âgée de 45 ans et plus. C’est aussi un grand poids (trop grand) que les moins de 45 ans doivent porter.



Et ci-dessous, ce que représente le changement par période de 5 ans pour les deux groupes. Le nombre des moins de 45 ans commencera à diminuer dans une décennie (bien sûr, cela signifie que la population des moins de 35 ans a déjà commencé à se contracter, également connu sous le nom de dépopulation de bas en haut).



Vous vous demandez peut-être comment la croissance de la population est liée au PIB et comment elle sera influencée par la politique des taux d’intérêt et par la dette ? Le graphique ci-dessous ne pourrait vraiment pas être plus simple. On peut y voir la croissance annuelle de la population combinée des 15 à 64 ans (colonnes bleues) de l’OCDE, de la Chine, de la Russie et du Brésil, le taux d’intérêt des fonds fédéraux (ligne noire), la dette mondiale (ligne rouge) et le PIB mondial (ligne verte). Depuis 1981, le taux de croissance de la population décroit fortement (on en trouve son reflet dans la politique des taux d’intérêt… le début de la « bulle » des bons du Trésor) et la tentative de financer la croissance économique en déclin par une dette croissante. Mais si on regarde le PIB (aussi imparfait qu’il soit), il est clair qu’il n’y a pas de véritable substitut à la croissance de la population.



Conclusion

Si vous vous demandez pourquoi les taux d’intérêt se sont effondrés, c’est que cela incite à dépenser davantage. Si vous vous demandez pourquoi les banquiers centraux sont apparemment devenus fous, ils prennent simplement des mesures désespérées et condamnées d’avance face à la décélération du nombre de personnes ayant la capacité de consommer. Si vous vous demandez pourquoi votre sécurité sociale ou votre pension ou compte épargne retraite ne sera pas là quand vous en aurez besoin. Vous devriez peut-être revérifier les tableaux ci-dessus. Un système fondamentalement basé sur une croissance perpétuelle a cessé de croître et commence à se contracter. C’est aussi simple que ça.

Crédit supplémentaire

Au-dessous, le total des naissances dans le monde (hors Afrique) a culminé à la fin des années 1990 et a chuté de 13% depuis lors. Cette baisse va influencer les revenus que vous pensez les plus probables. La ligne rouge représente les estimations des variantes moyennes de l’ONU et la verte celles plus faibles. La réalité sera quelque part entre les deux, mais à l’évidence, elle va baisser.



Les naissances parmi les pays développés se sont effondrées de près de 30% depuis le Peak d’il y a environ 60 ans.



Mais si les mondes développés et les pays en développement voient leur nombre de naissances en berne… Comment se fait il que le nombre total de naissances soit plat ? L’Afrique !



Asie : les naissances diminuent de 13% par rapport au pic de la fin des années 90.



Europe, les naissances ont baissé de 35% par rapport au sommet des années 55-60.

 

En ce qui concerne les États-Unis, on est en baisse de 10% par rapport au sommet des années 1955-1960, mais il y a un potentiel de 20% à la hausse ou de 45% de baisse… Tout dépend de l’équilibre entre les taux de naissance en baisse et les flux d’immigration.

 

Et les voisins des Américains, le Canada :

 

Le Mexique : un taux de natalité en forte baisse semble également signifier un effondrement des flux d’immigrants (décrit ICI).



Enfin, juste finir… L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud sont aussi sur une trajectoire de baisse.

 


 
Note du Saker Francophone

Cet article fait suite à celui sur les migrants en Italie et des interrogations sur ce soudain afflux. Cet auteur laisse sous-entendre que les migrants seraient là pour compenser le déclin des naissances en Occident. Si numériquement cette analyse a du sens, il semble compliqué qu'à court ou moyen terme, les migrants puissent se substituer qualitativement aux Occidentaux qui ont créé un monde économique à leur image. Ou alors ces migrants ne sont là que pour consommer les surplus de production. Dans ce cas, la limite pourrait être celle des ressources, plus tardive mais plus brutale.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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